Retour sur 100 ans de mixité à l’école - Les Voies de la diversité 13 au 15 octobre par Sylvie Latieule, directrice de la rédaction d’Info Chimie Magazine (diplômée Chimie ParisTech)

 

La célébration du centenaire de l’entrée de la première femme à l’école Chimie ParisTech a été l’occasion de proposer une grande manifestation sur le thème de la mixité et de la diversité dans l’enseignement supérieur, le milieu académique et l’industrie chimique. Même s’il reste du chemin à parcourir, le secteur de la chimie peut déjà faire état de ses avancées.

Par Sylvie Latieule –  Directrice de la direction Info Chimie Magazine. Consultez ici l’article paru dans Info Chimie Magazine.

 

Alors que l’industrie dans son ensemble souffre d’un déficit de femmes dans ses rangs, l’industrie chimique en France fait plutôt figure de bonne élève.  Avec un taux de féminisation de 38%, « c’est le deuxième secteur industriel le plus féminisé après la pharmacie » expliquait Jean Pelin, directeur général de l’Union des Industries Chimiques à l’occasion de la manifestation « Les voies de la diversité » qui s’est tenue du 13 au 15 octobre dernier dans les locaux de Chimie ParisTech et a réuni près de 250 personnes.

Avec ce pourcentage, l’industrie fait mieux que le milieu académique. Tout du moins que le CNRS qui emploie 33% de femmes dans le secteur de la chimie. Il faut dire que l’industrie chimique bénéficie d’un vivier important d’étudiante, en particulier au sein de ses écoles d’ingénieurs. Chimie ParisTech est aujourd’hui à parité dans ses promotions. « La proportion de femmes est bien stabilisée avec une mixité totale dans les différentes options » confiait Christian Lerminiaux, le directeur.

Et dans ce domaine, l’école est sans doute une pionnière pour avoir recruté dès 1916 des femmes parmi ses élèves ingénieurs, soit seulement 20 ans après sa création. Parmi les cinq derniers directeurs, deux étaient des femmes, Danièle Olivier et Valérie Cabuil qui ont dirigé cette école pendant 13 ans. Parmi les enseignants, 40% sont des femmes et on peut noter la parité exacte pour les maîtres de conférence (16 sur 32).

Pour autant, il reste du chemin à parcourir. D’une part parce que l’on a tendance à observer une sexuation de certains secteurs ou métiers. Invitée à donner le coup d’envoi de la manifestation, Barbara Lavernos, directrice générale des opérations et membre du comité exécutif de L’Oréal a expliqué que son groupe de cosmétiques employait 69% de femmes sur un total de 82900 personnes, dont 48% dans les comités de direction et 33% au niveau du Comex.

A titre de comparaison, un groupe comme Renault n’emploie que 20% de femmes, ce qui équivaut aux performances de la pétrochimie. Et compte tenu de l’érosion qui s’opère en gravissant les échelons hiérarchiques – le fameux « plafond de verre » -, les femmes n’occupent qu’une place très mineure aux commandes de ces industries. Une problématique à laquelle David Simonnet président fondateur d’Axyntis, une ETI spécialisée dans la chimie fine, a choisi de s’attaquer avec fermeté.

 

Depuis 2010, chaque année, ce quadra lance un appel à candidature en interne qui s’adresse exclusivement à des femmes cadres pour leur permettre de faire une formation complémentaire de type MBA et d’accéder à des fonctions de direction. « D’ici à 2020, nous avons l’ambition de doubler de taille et d’être quasiment à parité dans les équipes de direction » a-t-il déclaré, estimant que les grands groupes se montrent parfois un peu rétrogrades. « C’est un problème générationnel ! » a-t-il ajouté.

Claudine Hermann, physicienne, professeur émérite à l’Ecole Polytechnique et co-fondatrice de l’association Femmes et Sciences, qui n’est pourtant pas de sa génération, n’a pas hésité à parler d’un besoin de « catalyseur » pour favoriser cette ascension des femmes qui n’a rien de naturelle dans notre société.

 

De la mixité à la diversité

Au fait de ces écueils, des grands industriels de la chimie sont venus témoigner en force à Chimie ParisTech que la question de la place des femmes était bien prise en compte dans leurs organisations.

Cependant, ils l’intègrent dans une problématique plus globale : celle de la diversité. Car dans l’entreprise, il s’agit de lutter contre toutes les formes d’inégalités liées au genre, mais aussi à l’âge, aux origines sociales, culturelles, au handicap…

« Arkema attache une grande importance au respect de la diversité au sein de ses équipes » a expliqué Dominique Massoni, directrice du développement des ressources humaines. Pour cela, sa société s’engage à développer la mixité professionnelle à tous les niveaux de l’entreprise, à faciliter les échanges entre les pays et la mixité culturelle des équipes, à recruter et intégrer des personnes en situation de handicap, notamment en France.

Chez BASF, Alexandrine Guillez a expliqué que l’on était en train de casser les stéréotypes : « On cherche de la diversité dans les recrutements avec profils plus variés et des scientifiques physiciens et biologistes. On cherche à s’éloigner du profil type : homme allemand PhD ».

Outre cette promesse d’un reflet de la société, la diversité peut avoir des vertus, même si la sociologue Milena Doytcheva de l’université de Lille a mis en garde les industriels contre la tentation d’un affichage marketing. Ainsi une table ronde a été consacrée, à l’apport de la diversité dans l’innovation.

Juan Wu, market development manager chez Solvay, est venue témoigner que la diversité pouvait amener un avantage concurrentiel à l’entreprise. Spécialisée dans le marketing de l’innovation, cette jeune femme d’origine chinoise travaille dans une équipe multiculturelle : « Avec des équipes plus diverses, on prend de meilleures décisions, on développe des produits mieux adaptés pour le marché et on est plus innovants ».

Sophier Huguier, responsable développement durable et RSE, a ajouté que l’on pouvait irriguer l’innovation par le biais de partenariats plus divers avec des PME, des start-up ou des laboratoires universitaires.

Chez PCAS, société de chimie fine pharmaceutique, Vincent Touraille, son directeur général, a expliqué son choix d’intégrer des collaborateurs de l’automobile pour tirer avantage du choc culturel entre ces deux grands secteurs industriels : la pharmacie et l’automobile.  

La question du handicap a été traitée à part par un groupe d’élèves ingénieurs de 2e année de Chimie ParisTech, challengés par la société Chimex, filiale chimie de L’Oréal, pour réfléchir sur le sujet de l’intégration de personnes en situation de handicap dans l’industrie chimique. La loi a placé le cursus à 6%, mais le manque de vivier d’élèves, au niveau des écoles et des universités, ne facilite pas la tâche des entreprises. Cependant, Arthur Crozier, responsable communication et innovation sociétale chez Chimex a expliqué que « c’est la diversité des profils qui fait grandir un groupe ».

Et pour clôturer les débats, trois anciens élèves de Chimie ParisTech, aux parcours particulièrement prestigieux, sont venus parler de l’importance de la diversité comme outil de management et de performance.

Agnès Lemarchand, ex-pdg de Lafarge Chaux a expliqué comment elle a su bâtir au cours de sa carrière une équipe de direction diversifiée, adaptée à sa stratégie de son entreprise qui visait alors une ouverture à l’international et sur les marchés de l’environnement.

Didier Baudrand, ex dirigeant chez BP et président de l’association des Alumni, a insisté sur l’avance des sociétés anglosaxonnes sur les sujets de diversité et d’inclusion, invitant les industriels français à rattraper leur retard.

Enfin, Jean-Philippe Puig, président du groupe Avril, a insisté sur l’importance de travailler sur les sujets de diversité sous différents angles : le genre, mais aussi l’intégration des jeunes, les parcours différenciés, le travail sur le handicap. Il a expliqué que pour attirer des talents, l’entreprise devait afficher des valeurs : « C’est une demande forte des jeunes à l’embauches. Or si l’entreprise attire les meilleurs, elle aura aussi de meilleurs résultats ».

Retrouvez les interviews vidéo de nos partenaires Arkema, UIC, L’Oreal, Axentys, Renault, Avril, Solvay, et Sylvie Latieule l’auteur de cet article : https://www.youtube.com/playlist?list=PLdZDJgsyDJJmFHcAKB4gcttSKItqJOiru

Les différentes tables rondes mentionnées sont visibles ici